Enquêtes : Plus d’un million de morts à cause de la France

Enquêtes : Plus d’un million de morts à cause de la France

Selon un câble diplomatique, les autorités parisiennes ont aidé des suspects du génocide rwandais de 1994 à s’échapper sous la protection militaire française. La révélation a ravivé les allégations de Kigali selon lesquelles la France soutenait secrètement les forces hutues qui ont orchestré les massacres.

Le document, qui a été révélé dimanche par un avocat faisant des recherches sur les actions de la France pendant le génocide, a été rédigé par l’envoyé de la France au Rwanda, suggérant que Paris savait que des suspects s’étaient réfugiés dans une “zone de sécurité humanitaire” contrôlée par des soldats français.

Les soldats étaient arrivés en juin 1994 dans le cadre de l’opération Turquoise mandatée par l’ONU pour mettre fin aux massacres qui ont fait au moins 800 000 morts, principalement parmi la minorité ethnique tutsie.

L’envoyé français au Rwanda, Yannick Gérard, a écrit à ses supérieurs pour leur demander quoi faire des suspects de génocide, dans un câble retrouvé dans les archives d’un conseiller du président François Mitterrand, alors en place.

[#Enquête#Rwanda : un document prouve l’ordre de la France de laisser s’enfuir les génocidaires – par @fabricearfi https://t.co/XJl2dbNrSU – Mediapart (@Mediapart) February 14, 2021

“Nous n’avons pas d’autre choix … que de les arrêter ou de les placer immédiatement en résidence surveillée pour attendre que les autorités judiciaires internationales se prononcent sur leur affaire”, a écrit Gérard, dans des extraits du câble publié pour la première fois par le site d’investigation français Mediapart dimanche.

‘Tous les canaux indirects’

Le câble a été découvert par François Graner, un avocat qui travaille avec le groupe de défense des droits des victimes “Survie” et qui a remporté une bataille de plusieurs années en juin 2020 pour accéder aux archives de Mitterrand.

En réponse, des responsables du ministère français des Affaires étrangères ont déclaré à Gérard: “Vous pouvez … utiliser tous les canaux indirects, notamment vos contacts africains, sans vous exposer directement, pour transmettre à ces autorités notre souhait qu’elles quittent la zone de sécurité humanitaire”.

“Vous noterez en particulier que la communauté internationale, et en particulier les Nations Unies, détermineront très prochainement comment procéder avec ces soi-disant autorités”, a-t-il poursuivi, faisant référence à l’ancien régime hutu qui avait cherché refuge dans le sud-ouest du Rwanda près de la frontière avec ce qui était alors le Zaïre.

Il est signé par Bernard Emie, conseiller du ministère des Affaires étrangères qui est désormais à la tête du service français de renseignement extérieur de la DGSE.

Selon Graner, «c’est la preuve écrite manquante, une pièce essentielle du puzzle».

Les tensions sont restées tendues entre le Rwanda et la France, qui a toujours nié les affirmations selon lesquelles elle se rangeait du côté du régime hutu et n’avait pas réussi à arrêter la montée de la haine anti-tutsie suite à l’assassinat en 1994 du président de l’époque Juvénal Habyarimana.

Mais en 2019, le président Emmanuel Macron a annoncé la création d’un groupe d’experts d’historiens et de chercheurs pour examiner les allégations, largement salué comme un effort pour confronter le passé trouble de la France en Afrique.

Alors que le Rwanda n’a jamais été une colonie française, les gouvernements français successifs ont cultivé des liens étroits après l’indépendance du pays de la Belgique en 1962, notamment en formant ses principaux chefs militaires.

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