La Russie enverra ses forces de l’ordre à Minsk si la situation l’exige, affirme M. Poutine

En froid avec Moscou depuis l’échec de négociations portant sur une intégration plus poussée de son pays avec la Russie, le président biélorusse, Alexandre Loukachenko, ne cessa de dénoncer les ingérences russes, ce qui lui servit de prétexte pour écarter ses principaux opposants. Et cela d’autant plus que les difficultés économiques commençaient à nourrir le mécontentement de la population.

Seulement, depuis qu’il a été réélu, avec officiellement 80% des voix, M. Loukachenko a changé de registre. Devant la contestation grandissante de ce scrutin, attisée par l’opposition, incarnée par Svetlana Tikhanovskaïa, désormais réfugiée en Lituanie, il s’est tourné vers Moscou pour avoir du soutien [après avoir pris soin de libérer les mercenaires arrêtés quelques semaines plus tôt], tout en agitant la menace d’une intervention de l’Otan. Menace qui a justifié le déploiement d’importantes forces militaires à Grodno, localité située près des frontières avec la Lituanie et la Pologne.

Sur ce point, le secrétaire général de l’Alliance atlantique, Jens Stoltenberg, a fini par répondre vigoureusement au président biélorusse. « Nous observons des tentatives d’utiliser l’Otan comme un prétexte pour sévir contre les manifestants et les opposants politiques en Biélorussie. Or, c’est totalement faux puisqu’il n’y a pas de renforcement de l’Otan dans la région », a-t-il dit, le 26 août.

Et d’insister : « Toute tentative du régime de Minsk de détourner l’attention de ses problèmes intérieurs en mettant en cause l’étranger afin de se donner un prétexte pour utiliser la violence contre son propre peuple est inacceptable et injustifiée. »

Quoi qu’il en soit, trois jours avant l’intervention de M. Stoltenberg, un incident entre la Lituanie et la Biélorusse a été signalé, un hélicoptère d’attaque Mi-24 biélorusse ayant violé, selon Vilnius, l’espace aérien lituanien.

Quant au Kremlin, visiblement pas rancunier [l’arrestation des 33 mercenaires russes était un coup monté par les services de renseignement américains et ukrainiens, assure-t-il], il s’est rangé du côté de M. Loukachenko. Dénonçant des « ingérences étrangères », il fit savoir, le 15 août, que la Russie était disposée à fournir à la Biélorussie « l’assistance nécessaire pour résoudre les problèmes posées, sur la base des principes du traité de l’État de l’Union ainsi que, si nécessaire, par le biais de l’Organisation du traité de sécurité collective [organisation politico-militaire, ndlr]. »

L’explication de ce mouvement a sans doute été donnée par M. Poutine, à l’occasion d’un entretien qu’il a donné à la chaîne de télévision publique Rossiya-24, le 27 août. « Alexandre Grégoriévitch [Loukachenko] m’a demandé de constituer une certaine réserve d’agents des forces de l’ordre et je l’ai fait », a-t-il en effet affirmé, après avoir souligné que la Russie a des « obligations » à l’égard de la Biélorussie et qu’elle « les remplira. »

« Mais nous sommes convenus que je ne l’utiliserai pas jusqu’à ce que la situation soit hors de contrôle et que les éléments extrémistes […] franchissent certaines barrières : qu’ils mettent le feu à des voitures, des maisons, des banques, tentent de saisir des bâtiments administratifs », a ajouté le chef du Kremlin, disant espérer « ne pas en arriver à cette nécessité. » Et d’appeler les acteurs de la crise biélorusse à « trouver une issue » par le dialogue.

Reste que cette « réserve » de forces de l’ordre évoquée par M. Poutine a été qualifiée d » »inacceptable » par l’opposition biélorusse, l’estimant par ailleurs « contraire au droit international ». La Pologne a quant elle appelé la Russie à « immédiatement renoncer à ses plans d’intervention militaire sous un faux prétexte. » Et M. Stoltenberg en a fait de même, à l’occasion d’un entretien accordé au quotidien allemand Bild.

Quoi qu’il en soit, a analysé Andreï Kortunov, directeur général du Conseil russe des affaires internationales, un centre de réflexion proche du Kremlin, le président biélorusse « va certainement interpréter » les propos de M. Poutine « comme une approbation » et pourrait « brûler quelques voitures pour déclencher une intervention russe ».

« Pour M. Poutine, la Biélorussie est une question existentielle », a également affirmé M. Kortunov dans les colonnes du New York Times. Ce pays est » si proche et similaire à la Russie qu’une transition réussie vers un plus grand pluralisme politique rendrait très difficile de soutenir que le modèle actuel que nous avons en Russie est le seul qui puisse exister », a-t-il ajouté.