La sécurité du porte-avions Charles de Gaulle prise en défaut par un voilier

La sécurité du porte-avions Charles de Gaulle prise en défaut par un voilier

Selon le Règlement International pour Prévenir les Abordages en Mer [RIPAM], un voilier est considéré comme « privilégié » [ou prioritaire] par rapport à un navire à moteur, quelle que soit sa taille. Sauf dans des cas particuliers, comme dans une zone de séparation du trafic [DST] ou quand le navire à moteur est en capacité de « manoeuvre restreinte ».

Cela étant, pour un voilier, le bon sens commande de faire preuve de prudence, en ne sous-estimant pas le temps de manoeuvre d’un bâtiment à « propulsion mécanique » imposant et la capacité de ce dernier à le repérer à temps, que ce soit depuis sa passerelle ou par son radar, même si le RIPAM précise que « tout navire doit en permanence assurer une veille visuelle auditive appropriée, en utilisant également tous les moyens disponibles qui sont adaptés aux circonstances et conditions existantes, de manière à permettre une pleine appréciation de la situation et du risque d’abordage ».

Ainsi, le 12 novembre, vers 7h30, dans des conditions météorologiques difficiles [état de mer 4, avec 25 nœuds de vent], et alors qu’il est actuellement en mission au large de Toulon depuis quelques jours afin de qualifier les jeunes pilotes à l’appontage [et permettre de « requalifier » les plus anciens], le porte-avions Charles de Gaulle a détecté tardivement un voilier qui s’approchait de lui. Et, malgré une manoeuvre d’urgence du navire amiral de la Marine nationale, la collision n’a pas pu être évitée.

Dans son communiqué publié pour expliquer les circonstances de cet incident, qui s’est produit à environ 40 nautiques dans le sud-est des îles d’Hyères, la préfecture maritime de la Méditerranée explique que cette collision a d’autant plus été inéluctable que le « skipper » du voilier, battant pavillon polonais, n’a pris aucune initiative de son côté pour éviter le choc contre la coque du porte-avions.

Cela étant, l’équipage de celui-ci a réagi promptement afin de porter secours au voilier en question. Une équipe d’assistance a ainsi été envoyée à son bord, après qu’un contact radio a été établi.

Ces actions, détaille la préfecture maritime, ont permis de confirmer que seul le « skipper » – indemne – se trouvait à bord du voilier, lequel a subi des dégâts matériels se limitant à la perte de son mât. « Deux embarcations du Charles de Gaulle ont été mises à contribution pour sécuriser le voilier et préparer son remorquage », a-t-elle précisé.

Par la suite, le voilier a été pris en charge par le remorqueur affrété VN Rebel. « Réalisée en lien avec le centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage [CROSS] de la Méditerranée, cette opération d’assistance a pour objectif, avec l’accord du propriétaire du voilier, de le rapatrier dans un port où il pourra traiter ses avaries », a expliqué la préfecture maritime, pour qui « cet abordage ne remet pas en question l’activité d’entraînement du porte-avions Charles de Gaulle ».

Une enquête technique et une autre, de commandement, ont ensuite été ouvertes pour préciser les circonstances exactes de cet incident… et enventuellement prendre des mesures pour éviter d’en connaître un autre à l’avenir… Car, même si les conditions en mer étaient difficiles, la détection tardive de ce voilier par le porte-avions interroge… Si, la collision avec celui-ci n’a pas prêté à conséquence, qu’en aurait-il été en cas d’intentions hostiles?

Pour rappel, le porte-avions est notamment doté du système naval de veille optronique [IRST] Artemis, qui, selon Thales, son fabricant, est « capable de poursuivre – et d’intégrer au système de gestion de combat jusqu’à 200 objectifs simultanés à courte et moyenne distance –, y compris les avions de combat opérant à très basse altitude, les missiles supersoniques et à vol rasant, ainsi que les fast-boats ou les jet skis manœuvrant à grande vitesse ».

En outre, poursuit Thales, Artemis « permet de renforcer et d’élargir les capacités des systèmes radar embarqués en détectant des objectifs dont la classification s’avère habituellement très problématique, comme les embarcations rapides qui profitent de la configuration des côtes pour se rendre invisibles face à un balayage radar classique, ainsi que les cibles furtives à faible signature radar ».

Par ailleurs, la préfecture maritime de Méditerranée rappelle également, dans le même communiqué, que le porte-avions Charles de Gaulle [PACDG] avait porté assistance, la veille, à un voilier dont l’un des membres d’équipage était tombé à la mer, au large de Toulon, et dans des conditions météorologiques difficiles [avec un vent de 30 noeuds].

« Au cours de cet évènement, un hélicoptère Dauphin du détachement de la flottille 35F basé à bord du PACDG a rapidement retrouvé ce naufragé, puis a procédé à son treuillage à bord du PACDG, avant son évacuation finale vers l’hôpital Sainte-Anne de Toulon », a-t-elle relaté.

Quoi qu’il en soit, et après cette phase de qualification des nouveaux pilotes, le porte-avions Charles de Gaulle participera, avec son groupe aéronaval, à l’exercice Polaris, qui le placera dans un scénario de « préparation au combat de haute intensité ».

Photo : Marine nationale

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