Le Mali a interdit son espace aérien à un avion de transport A400M de la force aérienne allemande

La semaine passée, en réponse aux sanctions, sévères, que venait de lui infliger la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest [Cédéao], la Mali a décidé de fermer ses frontières aériennes et terrestres aux pays membres de cette organisation.

Et c’est ce qui a servi, plus tard, de prétexte aux autorités maliennes de transition pour dénoncer une violation présumée de l’espace aérien du Mali par un avion de transport A400M de l’armée de l’Air & de l’Espace, qui assurait une liaison entre Abidjan [Côte d’Ivoire] et Gao. Et d’ajouter qu’elles déclineraient « toute responsabilité relative aux risques auxquels les auteurs de ces pratiques pourraient s’exposer en cas de nouvelle violation de notre espace aérien ».

Étant donné que la France a soutenu les sanctions prises par la Cédéao à l’égard du Mali, où les autorités de transition ont renié l’engagement d’organiser des élections en février prochain, cette « dénonciation » pouvait alors passer pour un mouvement d’humeur à l’égard de Paris… D’autant plus que, les accords militaires liant les deux pays garantissent une « pleine liberté de circulation sur le territoire et dans l’espace aérien malien des véhicules et des aéronefs, militaires et civils, du personnel du détachement français ainsi que des détachements non français de la force [européenne] Takuba », comme l’a rappelé le général Laurent Michon, le commandant de l’opération Barkhane.

Mais quid de l’Allemagne, qui a une présence militaire au Mali, via la mission de l’Union européenne EUTM Mali et la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation du Mali [MINUSMA], ainsi qu’au Niger, dans le cadre de l’opération Gazelle? La réponse a été donnée ce 20 janvier.

En effet, la veille au soir, un A400M de la Luftwaffe, avec près de 80 militaires à son bord, s’est vu refuser l’accès à l’espace aérien malien, alors qu’il devait se rendre au Niger. « Le vol a été détourné vers la Grande Canarie [Espagne] », dans l’attente de clarifier la situation, ont indiqué les forces armées allemandes [Bundeswehr], via Twitter. En un mot, Berlin veut savoir s’il s’agit d’une « erreur » ou d’une « action punitive ciblée ».

Am Abend des 19.01.2022 wurde einem Airbus A400M der #BundeswehrimEinsatz mit ca. 80 Soldatinnen und Soldaten an Bord auf dem Weg nach Niamey/Niger die Überflugrechte über Mali verweigert. Der Flug wurde daraufhin nach Gran Canaria umgeleitet. Der Sachverhalt wird aufgeklärt. pic.twitter.com/SWaTqH9Eng

— Bundeswehr im Einsatz (@Bw_Einsatz) January 19, 2022

C’est un « procédé inacceptable, voire un acte inamical qui dout être clarifé immédiatement », a d’ores et déjà réagi Marie-Agnes Strack-Zimmermann, la présidente de la commission de la Défense au Bundestag.

Selon un porte-parole de la Bundeswehr a précisé, plus tard, que le plan de vol de cet A400M avait dans un premier temps été approuvé par Bamako, qui a ensuite changé d’avis alors que l’appareil était en route.

À l’heure où Berlin s’interroge sur sa présence militaire au Mali, en raison, notamment, de l’arrivée « formateurs » russes dont on ignore s’il s’agit de mercenaires du groupe paramilitaire Wagner ou de membres des forces régulières russes, cette affaire pourrait être un tournant, sachant que le mandat de la Bundeswehr au Mali doit être renouvelé en mai prochain.

Par ailleurs, la MINUSMA est également affectée par les restrictions imposées par Bamako. Elle a en effet décidé de suspendre temporairement ses mouvements aériens au Mali – hormis ceux concernant les évacuations sanitaires [EVASAN] – tant que ceux-ci ne seront pas formellement autorisés par le gouvernement malien de transition. Cette mesure concerne également les drones Heron 1 mis à la disposition de la mission de l’ONU par la Bundeswehr.

MàJ – 16h10 : La MINUSMA a annoncé la reprise de ses vols à partir du 21 janvier, après « une série de discussions fructueuses avec les autorités maliennes », a-t-elle précisé.

Source :