Des instructeurs de l’armée américaine entraînent des Taïwanais en vue de la guerre contre la Chine

Début octobre, le Wall Street Journal avança que des instructeurs militaires issus des forces spéciales américaines et de l’US Marine Corps [USMC] étaient régulièrement déployés à Taïwan « depuis au moins un an » afin d’y entraîner les troupes locales. « L’objectif des États-Unis est de renforcer les défenses de l’île, où la crainte d’une éventuelle agression chinoise est de plus en plus forte », avait-il expliqué.

En réalité, cette révélation n’en était pas une… étant donné que, en juin 2020, le 1er groupe de forces spéciales de l’US Army [1st Special Forces Group – 1st SFG(A)] avait diffusé une vidéo – supprimée depuis – dans laquelle on pouvait voir des « Bérets verts » s aux côtés d’opérateurs du 101e Bataillon de reconnaissance amphibie taïwanais. Et ces images avaient été prises… à Taïwan. Et un journal local affirma, à l’époque, les forces spéciales américaines et taïwanaises s’entraînaîent régulièrement ensemble dans le cadre d’exercices appelés « Balance Tamper ».

Qui plus est, en mai dernier, il fut rapporté que des militaires de la Security Force Assistance Brigade [SFAB] de l’US Army avaient été déployés sur une base de l’armée taïwanaise, située dans le comté de Hsinshu.

Quoi qu’il en soit, cette présence de militaires américains à Taïwan entre en contradiction avec le principe de « Chine unique », auquel Washington adhère depuis 1979, après la normalisation de ses relations diplomatiques avec Pékin. Ce qui explique que les informations relatives à ce sujet n’ont jamais été confirmées officiellement… Du moins jusqu’à ce 27 octobre.

En effet, lors d’un entretien accordé à CNN, la présidente de Taïwan, Tsai Ing-wen, a évoqué le déploiement de militaires américains auprès des forces taïwanaises, précisant toutefois que ces derniers ne sont « pas aussi nombreux que ce que les gens pensent ». C’est la première qu’un responsable taïwanais reconnaît officiellement une telle présence sur l’île depuis 1979.

En outre, et alors que la Chine accentue sa pression militaire en multipliant les incursions aériennes dans la zone d’identification de défense aérienne [ADIZ] de Taïwan ainsi que les manoeuvres d’intimidation, Tsai Ing-wen a dit sa « confiance » envers Washington, « compte tenu de la relation de longue date qui nous lie aux États-Unis, ainsi que du soutien du peuple américain, du Congrès et de l’administration. Et de souligner le « large éventail de coopération […] visant à accroître notre capacité de défense ».

Sur ce point, la semaine passée, le président américain, Joe Biden, a explicitement indiqué que les États-Unis interviendraient militairement aux côtés de Taïwan en cas d’attaque chinoise. « Nous avons un engagement en ce sens », a-t-il dit.

Cela étant, et comme cette affirmation contredit le principe de « Chine unique », le chef du Pentagone, Lloyd Austin, a refusé de confirmer les propos de M. Biden. « Personne ne souhaite voir les questions transversales se heurter à des obstacles, certainement pas le président Biden et il n’y a aucune raison pour que cela se produise. Nous continuerons d’aider Taïwan avec toutes les sortes de capacités militaires dont il aurait besoin pour se défendre lui-même. Donc, nous restons concentrés sur ces mesures », a-t-il déclaré, en marge de la réunion des ministres de la Défense de l’Otan, le 21 octobre.

Depuis, M. Biden a remis une pièce dans la machine lors du sommet – par vidéoconférence – des pays de la région Asie-Pacifique, auquel a aussi pris part Li Keqiang, le Premier ministre chinois. Ainsi, le locataire de la Maison Blanche a affirmé que les « États-Unis sont profondément préoccupés par les actions coercitives et agressives de la Chine… dans le détroit de Taiwan ». Et, dans un même élan, il a également visé les ambitions maritimes de Pékin, confirmant une nouvelle fois l’engagement américain à défendre « la liberté de navigation » et la « circulation commerciale sans entraves, y compris en mer de Chine méridionale ».