La France vas tester une arme laser anti-drones à bord d’un navire de la Marine.

Ces derniers jours, le Sénat et l’Assemblée nationale ont chacun publié un rapport sur les drones au sein des forces armées. Et l’un comme l’autre ont fait le constat que la menace que ces derniers sont susceptibles de représenter est « encore insuffisamment prise en compte ».

Et cela d’autant plus que l’on assiste à une prolifération de ce type d’engins, dont l’usage, quand ils sont « civils », peut être détourné à des fins terroristes. L’État islamique [EI ou Daesh] y a eu largement recours tant en Irak qu’en Syrie. Appelés « ABIEDs » [pour air-borne improvised explosive devices], de tels engins, rudimentaires, ont été impliqués dans des centaines d’attaques durant le printemps 2017. Un tel mode opératoire tend à se diffuser sous d’autres latitudes.

« Au-delà de l’emploi de drones que l’on peut trouver dans le commerce avec l’emport d’explosifs ou de grenades, comme on a pu le voir sur certains théâtres d’opérations, nous constatons aujourd’hui l’emploi de technologies de plus en plus sophistiquées, accessibles aux groupes armés terroristes ou aux ennemis dits ‘asymétriques’ », avait par ailleurs expliqué le général François Lecointre, chef d’état-major des armées [CEMA], lors de l’un de ses dernières auditions parlementaires.

Cela étant des drones dits consommables, car peu coûteux, peuvent avoir une efficacité redoutable, que ce soit pour lancer des attaques saturantes, guider les tirs d’artillerie, leurrer une défense aérienne quand il ne s’agit pas de neutraliser les moyens mis en oeuvre par celle-ci. On l’a vu récemment au Levant, en Syrie, au Haut-Karabakh ou encore au Yémen.

Cette menace des drones n’est pas qu’aérienne. Les miliciens yéménites Houthis, soutenus par l’Iran ont ainsi utilisé des drones navals « kamikazes », c’est à dire des embarcations légères pleines d’explosifs guidées à distance, contre des navires civils et militaires de la coalition dirigée par l’Arabie Saoudite.

Cependant, si les parlementaires jugent encore insuffisant l’effort mené en matière de lutte anti-drone, cela ne signifie pas que le ministère des Armées n’a rien fait… En 2017, le programme MILAD [Moyens mobiles de Lutte Anti-Drones] a été confié à CS Group. Et il s’est concrétisé par la livraison de 18 systèmes de détection et de neutralisation ainsi que par celle d’une trentaine de fusils brouilleurs Nerod… bientôt rejoints par cinquante de plus. De tels systèmes ont récemment été déployés à Niamey et à Gao, au titre de l’opération Barkhane… et ils vont être adaptés pour répondre au besoin de protection des convois de l’armée de Terre, dans le cadre du projet ARLAD [adaptation réactive de lutte anti-drone].

En outre, avec le concours de l’entreprise Hologarde, l’armée de l’Air & de l’Espace a développé le système BASSALT, utilisé pour protéger les sites sensibles de la menace de drones potentiellement hostiles, comme cela été le cas lors du sommet du G7 organisé à Pau en 2019. Deux systèmes supplémentaires seront prochaines acquis.

Enfin, la Direction générale de l’armement [DGA] a récemment lancé le marché PARADE [protection déployable modulaire anti-drones], destiné à assurer la protection permanente des sites sensibles, civils et militaires. Reposant sur un système de commandement et de contrôle [C2], un radar, un goniomètre, un dispositif de brouillage et des capteurs optroniques, son coût est évalué à 350 millions d’euros sur 11 ans. Les six premiers exemplaires seront livrés d’ici la fin 2022.

« Nous savons que les systèmes de brouillage ne suffiront pas. L’autonomie croissante des drones les affranchira des systèmes de brouillage. Nous devons aussi anticiper le développement des drones en essaims. Nous savons que nous aurons besoin de nouveaux moyens et de toute une panoplie d’outils pour nous protéger des menaces des drones, sur le territoire national, en opérations extérieures », a cependant fait valoir Florence Parly, la ministre des Armées, lors d’une visite au centre « Essais de missiles » de la DGA à Biscarrosse, le 7 juillet.

Aussi, a continué Mme Parly, « l’évolution de la menace et la diversité des contextes d’emploi appellent des réponses multiples et évolutives », lesquelles reposeront sur des « plusieurs innovations et technologies de rupture ».

L’Agence de l’innovation de Défense [AID] a ainsi lancé un appel à projets de « drone intecepteur de drones« , destiné à neutraliser les engins « commerciaux considérés comme non collaboratifs par un système de désignation d’objectif externe ». Mais l’un des programmes les plus prometteurs est sans doute le « HELMA-P« , un système reposant sur une arme laser, développée par l’entreprise française CILAS [ Compagnie industrielle des lasers, filiale d’Ariane Group].

En novembre dernier, les premiers essais du HELMA-P se sont révélés très encourageants, avec la destruction de plusieurs drones dans des conditions opérationnelles réelles. D’autres expérimentations devaient cependant être réalisées afin de pouvoir valider cette nouvelle capacité. Et c’est pour assister à l’une d’entre-elles que Mme Parly a fait le déplacement à Biscarrosse.

« À moyen terme, pour renforcer notre défense anti-drones, nous travaillons sur le développement de lasers de puissance, et c’est ce que vous nous avez montré aujourd’hui », a ainsi commenté la ministre. « L’arme laser dont nous avons pu constater les effets est une technologie de rupture. […] nous parlons d’un système doté d’un laser de deux kilowatts, capable de détecter et d’abattre avec une extrême précision un drone à un kilomètre de distance », a-t-elle précisé, souligant les avantages d’une telle arme [précision, faible coût, efficacité de jour comme de nuit, etc].

Reste que si la démonstration à laquelle a assisté Mme Parly a été un succès, il s’agit pour les équipes de CILAS d’aller encore plus loin, en augmentant la portée et la puissance du HELMA-P… et en réduisant sa taille. « Plus les systèmes seront petits, plus ils seront facilement déployables. J’ai d’ailleurs demandé l’expérimentation de ces armes lasers sur les bâtiments de la Marine nationale dès le premier semestre 2022 », a fait savoir la ministre.

À noter que l’US Navy a déjà expérimenté de telles armes à bord de l’un de ses navires. Et la Deutsche Marine s’apprête à en faire de même avec la frégate F124 « Sachsen ».

Quoi qu’il en soit, la Marine nationale a déjà mené des expérimentations visant à protéger ses navires des micro-drones aériens, via le Centre d’expertise des programmes navals. L’une d’elle a été réalisée en mars 2020 dans la rade de Toulon. Bilan? « Tous les drones ont été détectés, 50% ont été neutralisés et l’unique drone ‘perdable’ été pris sous le contrôle des opérateurs embarqués sur le Chaland multi-missions Grillon », avait-il été avancé à l’époque.

Une telle capacité anti-drones est importante pour un navire. En effet, au-delà des missions d’attaque et/ou de renseignement, un drone peut par exemple perturber les opérations d’un porte-avions [l’US Navy a pu le constater dans le golfe Persique…].

Source: http://www.opex360.com/2021/07/08/une-arme-laser-anti-drones-sera-bientot-testee-a-bord-dun-navire-de-la-marine-nationale/