L’Union européenne met un terme à la formation et à l’entraînement des forces armées maliennes

Le 8 avril, au Conseil de sécurité des Nations unies la Russie et la Chine ont mis leur veto à projet de résolution qui, présenté par la France, faisait part d’une « profonde préoccupation » au sujet « d’allégations de violations et atteintes aux droits humains au Mali » et réclamait des « enquêtes approfondies et indépendantes pour établir les faits, trouver les responsables et les traduire en justice ».

Et cela, après que plusieurs organisations non gouvernementales [ONG], dont Human Rights Watch, ont rapporté qu’environ 300 civils auraient été victimes d’exécutions sommaires lors d’une opération antiterroriste menée à Moura, en mars, par les Forces armées maliennes [FAMa] et des paramilitaires présumés appartenir au groupe Wagner, alors que, officiellement, Bamako prétend que 203 jihadistes ont été « neutralisés » lors de cette action.

De son côté, la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation du Mali [MINUSMA] a cherché à savoir ce qu’il s’était passé à Moura. Seulement, et hormis un vol de reconnaissance effectué le 3 avril, elle n’a pas été autorisée à y envoyer une délégation pour y enquêter. Quant aux autorités maliennes de transition, elles ont annoncé l’ouverture d’une enquête, via le procureur du tribunal militaire de Mopti. C’est ce qui a d’ailleurs motivé en partie le veto russe et chinois au Conseil de sécurité…

Quoi qu’il en soit, depuis que la junte malienne a fait appel aux services du groupe paramilitaire Wagner, la MINUSMA a ouvert pas moins de dix-sept enquêtes sur des allégations d’atteintes aux droits humains commises dans le centre du Mali [arrestations arbitraires, disparitions, exécutions extra-judiciaires, etc].

Dans ces conditions, et alors que la transition politique est à l’arrêt et que la force Barkhane a amorcé la réorganisation de son dispositif au Sahel en se retirant du Mali, il n’est pas concevable que l’Union européenne [UE] maintienne la mission de formation des FAMa [EUTM Mali, nldr], lancée dans la foulée de l’opération française Serval, en 2013. C’est d’ailleurs la position exprimée par Christine Lambrecht, la ministre allemande de la Défense, depuis Gao, le 9 avril.

« Nous voyons que les soldats maliens sont formés de manière formidable par des soldats allemands hautement motivés et qualifiés, et qu’ils partent ensuite en mission avec ces capacités, par exemple avec des forces russes, voire avec des mercenaires. […] Et la question se pose alors de savoir si cela peut être compatible avec nos valeurs, surtout si nous devons ensuite assister à des atrocités comme à Moura », a en effet affirmé Mme Lambrecht.

À l’issue d’un Conseil ayant réuni les chefs de la diplomatie des États membres de l’UE, le 11 avril, le Haut représentant de l’Union pour les Affaires étrangère et la politique de sécurité, Josep Borrell, a annoncé que l’arrêt de « certains formations » assurées par EUTM Mali et EUCAP Sahel Mali, destinées respectivement aux FAMa et à la Garde nationale malienne. « Les évènements noys y forcent malheureusement. Il n’y a pas de garanties suffisantes de la part des autorités [maliennes] de transition sur la non-interférence de la ‘célèbre’ compagnie Wagner », a-t-il justifié.

« Le Sahel continue à être une priorité. On n’abandonne pas le Sahel, au contraire. On veut s’engager encore plus. Mais on ne peut pas rester au Mali. Ce n’est pas possible. On ne peut pas prendre le risque d’être complices de choses qu’on pourrait beaucoup regretter », a insisté M. Borrell.

Cependant, a-t-il précisé, « on va la poursuivre les formations sur les lois de la guerre, car il faut que les militaires sachent que la guerre a des lois et des règles du jeu ».

Par ailleurs, M. Borrell s’est interrogé sur l’avenir de la MINUSMA à laquelle plusieurs États membres de l’UE contribuent. D’autant plus que l’Allemagne, qui avait pris l’engagement de lui fournir cinq hélicoptères de transport lourd CH-53G avant le départ de la chancelière Merkel, s’interroge sur le maintien de sa participation. La ministre allemande des Affaires étrangères, Annalena Baerbock, doit se rendre au Mali pour « se faire une idée précise de la situation politique et sécuritaire » avant de décider d’un éventuel retrait de la Bundeswehr.

« La question est de savoir comment la Minusma va pouvoir continuer à travailler. Si c’est pour rester […] dans des casernes, ce n’est pas nécessaire de rester », a ainsi estimé le chef de la diplomatie européenne. Actuellement, dix-huit pays membres de l’UE participent à la MINUSMA. Mais c’est à eux qu’il revient de décider de leur contribution… pas à l’UE.